ARBITORIA Entrer

Nous n'argumentons pas. Nous réagençons.

Je croyais cotiser pour ma propre pension

Une pension légale ne s'accumule pas sur un compte à votre nom : elle passe de ceux qui travaillent aujourd'hui à ceux qui sont pensionnés aujourd'hui. En Belgique, on compte cinq personnes au travail pour trois pensionnés ; en 2070, ce sera cinq pour quatre. Qu'est-ce qui financera les pensions : plus de monde, ou plus de production par personne ?

10 septembre 2026 version 3

La prémisse

Si les pensions dépendent du nombre de personnes qui cotisent, alors, à mesure que le nombre de cotisants et celui de pensionnés se rapprochent, ajouter des personnes ne suffira peut-être pas.

C’est une hypothèse, pas une conclusion.

Ce que je verse part le mois même chez quelqu’un d’autre

Rien n’est placé dans un fonds. La pension légale belge fonctionne par répartition : ce que j’ai versé ce mois-ci est allé, le mois même, à quelqu’un qui touche sa pension. L’argent n’est gardé nulle part.

Je croyais cotiser pour ma propre pension. Pendant des années, j’ai cru que l’argent prélevé sur mon salaire s’accumulait quelque part à mon nom et que je le récupérerais à la retraite.

Il existe bien quelque chose à mon nom : un relevé du nombre d’années travaillées, sur 45 possibles, et de ce que j’ai gagné chaque année. C’est ce relevé qui fixera ma pension. Le relevé existe, mais aucune cagnotte ne se trouve derrière. Voilà pourquoi il ressemble tant à un compte d’épargne.

Tout se joue donc sur les nombres

S’il s’agissait d’épargne, le nombre des autres importerait peu : chacun puiserait dans ce qu’il a mis de côté.

Avec la répartition, c’est ce qui compte le plus : combien de personnes cotisent, et combien touchent une pension.

Cinq personnes au travail pour trois pensionnés

En Belgique, en 2022, 5,03 millions de personnes avaient un emploi et 3,07 millions touchaient une pension.

Autrement dit, cinq personnes au travail pour trois pensionnés.

En 2070, selon les projections officielles, on comptera 5,31 millions de personnes au travail et 4,22 millions de pensionnés : cinq pour quatre.

Plus l’écart se réduit, plus chacun porte

Une mise en garde d’abord. On est tenté de dire que si un travailleur porte un pensionné, il doit lui céder la moitié de son salaire. C’est faux. Une pension est plus petite qu’un salaire, et l’argent vient aussi des cotisations patronales et de l’impôt.

Ce qu’on peut dire, c’est ceci : à mesure que les deux nombres se rapprochent, maintenir les pensions à leur niveau actuel demande à chaque cotisant de porter davantage.

Les chiffres de la Commission européenne le montrent. Les dépenses publiques de pension de la Belgique passent de 10,6 % du PIB en 2022 à 12,1 % en 2070. Le rapport décompose cette hausse en quatre éléments. Un seul la tire vers le haut : le nombre de pensionnés rapporté au nombre de personnes au travail. Les trois autres la tirent vers le bas.

La réponse habituelle : plus de monde

On pense d’abord à l’immigration. Elle ajoute des personnes en âge de travailler ; ça, c’est de l’arithmétique.

Mais être en âge de travailler ne veut pas dire cotiser. Entre les deux, il y a la langue, la reconnaissance des diplômes, le titre de séjour, et chacune de ces étapes prend du temps. Je n’ai pas mesuré combien.

Et il y a un autre obstacle avant cela. Le rapport 2025 de l’Autorité européenne du travail recense 2 617 professions en pénurie et 2 177 en excédent, dans le même document et pour la même année. Ici on manque de bras, là on en a trop. Les excédents se concentrent dans les emplois administratifs et élémentaires.

Le problème tient donc moins au nombre de personnes qu’au décalage entre les gens et les emplois. Augmenter les effectifs ne garantit pas que les postes vacants soient pourvus.

Les entreprises misent sur autre chose

Les entreprises ne dépensent pas seulement pour embaucher. Elles achètent des machines et des logiciels qui permettent à une personne d’abattre le travail de plusieurs. Eurostat constate que de plus en plus d’entreprises utilisent l’intelligence artificielle.

La tendance réelle est donc la suivante : plutôt que d’ajouter des personnes, tirer davantage de chacune.

D’où la question au cœur de ce texte : les pensions seront-elles financées par le nombre de personnes au travail, ou par ce que ces personnes produisent avec l’aide des machines ?

Deux conditions

« La production paiera » ne tient que si deux conditions sont réunies :

  1. La production augmente vraiment
  2. Les gains reviennent sous forme de salaires, et donc de financement des pensions

L’une sans l’autre ne suffit pas. La production pourrait être multipliée par dix : si le surplus n’arrive pas jusqu’à ceux qui travaillent, l’argent qui entre dans les pensions n’augmente pas.

Pour l’instant, aucune des deux

D’abord, la production. La productivité horaire du travail dans l’UE a augmenté de 0,2 % en 2024 et de 1,4 % en 2025. Et Eurostat constate lui-même que la croissance moyenne de la productivité a ralenti entre 2008 et 2019, et que ce ralentissement s’est poursuivi entre 2019 et 2025.

Les entreprises adoptent l’IA rapidement, mais cela ne se voit pas encore dans les chiffres d’ensemble. Les deux peuvent être vrais à la fois. Ce texte n’affirme donc ni que les machines ont fait monter la productivité, ni qu’elles en sont incapables.

Ensuite, le partage. Selon l’Organisation internationale du travail, la part du revenu mondial qui revient aux travailleurs a reculé de 0,6 point entre 2019 et 2022, et stagne depuis. Si elle était restée à son niveau de 2004, précise-t-elle, les travailleurs auraient gagné 2 400 milliards de dollars de plus, rien qu’en 2024.

Elle ajoute que le progrès technologique, automatisation comprise, a joué un rôle dans cette évolution, et que les travailleurs ne reçoivent pas une part équitable des gains de productivité.

La vraie question porte sur le partage

Jusqu’ici, les pensions ont reposé sur le nombre de personnes au travail. Désormais, on semble aller vers des pensions qui reposeraient sur ce que produit chaque personne.

Mais si la production était multipliée par dix sans que les gains reviennent aux travailleurs ni aux pensions, la technologie ne réglerait pas la question des pensions.

La question à poser est donc moins « combien sommes-nous ? » que « où vont les gains de la production ? »

Ce texte ne l’a pas mesuré. Deux textes précédents se sont arrêtés au même endroit. Trois enquêtes différentes aboutissent au même point : c’est tout ce que celui-ci peut affirmer.

Pourquoi le chiffre habituel dit autre chose

Le chiffre qu’on cite d’habitude est différent. Au 1er janvier 2024, le taux de dépendance des personnes âgées dans l’UE était de 37,0 % : moins de trois personnes en âge de travailler pour une personne de 65 ans ou plus. En 2004, on en comptait un peu moins de quatre.

Mais ce taux compte les gens selon leur âge. Un régime de pension, lui, compte les personnes au travail et celles qui touchent une pension. Deux groupes font la différence.

Certaines personnes en âge de travailler n’ont pas d’emploi. En 2025, 76,1 % des 20-64 ans de l’UE travaillaient, soit 197,7 millions de personnes : la part la plus élevée depuis le début de la série, en 2009. Même lors de la meilleure année à ce jour, les autres sont comptés en âge de travailler sans cotiser.

Certains pensionnés ont moins de 65 ans. En Belgique, en 2022, 3,07 millions de personnes touchaient une pension, mais 2,29 millions seulement avaient 65 ans ou plus — un écart d’environ 780 000. On y trouve les pensions anticipées, de survie et d’invalidité.

En Belgique, compter selon l’âge donne donc environ trois personnes en âge de travailler pour une de 65 ans ou plus. Compter selon le régime donne cinq personnes au travail pour trois pensionnés. Le chiffre fondé sur l’âge paraît presque deux fois plus favorable. Le rapport donne même un nom à cet écart : la dernière ligne de son tableau s’intitule system efficiency et vaut 1,8.

Où j’en suis

Avant de préparer ce texte, je n’avais pas vu ces chiffres côte à côte.

Et je ne crois pas que ce soit seulement de la négligence. Le régime me montre un relevé personnel : combien d’années sur 45, ce que j’ai gagné, et quand. À force de le regarder, on finit par y voir un compte d’épargne.

Ce texte ne dit pas ce qu’il faudrait faire. Ce que je sais, c’est que je ne comptais pas la même chose que le régime.

Mes erreurs en chemin

  • La version 1 commençait par les calculs. Elle expliquait deux façons de calculer le taux de dépendance avant de poser la question : le lecteur parcourait des chiffres sans savoir pourquoi. Elle montrait la vérification au lieu de poser la question. Cette version remet les choses dans l’ordre
  • Il manquait un maillon dans la version 1, entre « les deux nombres se rapprochent » et « faut-il plus de monde ou plus de production ? ». Pendant l’enquête, j’avais écarté « l’IA fait-elle monter la productivité ? » parce qu’un texte précédent traitait déjà le sujet — mais pas la même question. Celui-là demandait ce qui compte comme travail ; celui-ci demande ce qui finance les pensions
  • J’ai d’abord voulu écrire que « beaucoup de gens voient leur pension comme une épargne ». Je n’avais aucune source. La phrase n’a tenu qu’une fois que j’en ai fait une phrase sur moi. Le problème n’était pas la source, mais le sujet de la phrase
  • Un résumé secondaire attribuait à ce rapport une série « cotisants par pensionné : 1,9 → 1,3 → 1,2 ». Le tableau du rapport ne contient pas cette ligne. C’est en ouvrant le rapport que je l’ai vu
  • Mes notes de départ parlaient d’« une époque où six travailleurs faisaient vivre un pensionné ». L’UE n’en était pas là : en 2004, on comptait déjà moins de quatre personnes en âge de travailler par personne âgée

Ce que j’ai vérifié, et ce que je n’ai pas pu vérifier

Vérifié

  • La pension légale belge fonctionne par répartition et à prestations définies, ce qui couvre 99 % des dépenses. Le montant s’obtient en appliquant un taux de 1,667 % ou de 1,33 % aux rémunérations d’une carrière comptée jusqu’à 45 ans, avec un plafond de 71 519,98 euros en 2022
  • Belgique, 2022 : 3,07 millions de pensionnés, 5,03 millions de personnes au travail, 2,29 millions de 65 ans ou plus, 6,79 millions de 20-64 ans. Projection pour 2070 : 4,22 millions de pensionnés et 5,31 millions de personnes au travail. Le rapport donne ces chiffres en milliers
  • Les rapports ci-dessus sont arrondis. Les divisions exactes donnent 1,64, 1,26 et 2,96
  • La dernière ligne de ce tableau s’intitule system efficiency et vaut 1,8. La décomposition des dépenses du rapport traite le taux de dépendance et le taux d’emploi comme deux facteurs multiplicatifs distincts
  • Dépenses publiques de pension en Belgique : 10,6 % du PIB en 2022, 11,8 % en 2050, 12,1 % en 2070. Sur les 3,5 points de hausse entre 2022 et 2070, le taux de dépendance compte pour 6,5 points ; les trois autres éléments sont négatifs
  • Taux de dépendance des personnes âgées dans l’UE : 37,0 % au 1er janvier 2024, 26,8 % en 2004
  • Taux d’emploi des 20-64 ans dans l’UE en 2025 : 76,1 %, soit 197,7 millions de personnes, le plus élevé depuis 2009
  • Le rapport 2025 de l’Autorité européenne du travail recense 2 617 pénuries et 2 177 excédents
  • La croissance de la productivité horaire dans l’UE a ralenti après 2008 et a continué de ralentir entre 2019 et 2025
  • La part mondiale du revenu du travail a reculé de 0,6 point entre 2019 et 2022 et stagne depuis
  • La population mondiale a passé le cap des 2 milliards en 1927 et celui des 8 milliards le 15 novembre 2022

Non vérifié

  • Où sont allés les gains de la production. C’est la question sur laquelle ce texte se termine ; elle reste ouverte
  • Les professions qui composent les 2 177 excédents. Ce texte n’en nomme aucune
  • La répartition des quelque 780 000 pensionnés de cet écart
  • Le temps qu’il faut aux personnes arrivées par l’immigration pour commencer à cotiser

Ce que ce texte n’affirme pas

  • Que le régime va s’effondrer
  • Que l’intelligence artificielle fait monter la productivité, ou qu’elle en est incapable
  • Qu’une productivité plus élevée peut compenser un nombre de personnes plus faible
  • Que ma propre erreur serait celle des autres
  • Que l’immigration est la réponse, ou qu’elle ne l’est pas

Pas encore vérifié

Ce texte n'est pas marqué comme vérifié tant que les points ci-dessous ne sont pas confirmés.

  • Où sont allés les gains de la production : aux clients sous forme de prix plus bas, ou aux actionnaires sous forme de dividendes et de rachats d'actions. Je ne l'ai pas mesuré ; je peux seulement dire que la part des travailleurs a reculé. Deux textes précédents ont laissé la même question ouverte ; celui-ci est le troisième.
  • Les professions qui composent les 2 177 excédents recensés par l'Autorité européenne du travail. Le communiqué et la page de publication s'en tiennent aux professions administratives et élémentaires. Je n'ai pas pu obtenir le rapport complet : aucune profession n'est nommée ici.
  • La répartition des quelque 780 000 pensionnés de cet écart entre pensions anticipées, de survie et d'invalidité. Le rapport a une catégorie à part pour les pensionnés de moins de 66 ans ; j'ai vérifié qu'elle existe, sans aller plus loin.
  • Le temps qu'il faut aux personnes en âge de travailler arrivées par l'immigration pour commencer à cotiser.

Corrections

  • → version 2 — L'ordre du texte a été refait. La version 1 plaçait en tête les deux manières de compter le taux de dépendance et expliquait le calcul avant la question : le lecteur parcourait des chiffres sans encore savoir pourquoi. L'auteur a diagnostiqué que la vérification était passée devant la pensée, et c'est exact. Cette version met la question d'abord — à mesure que le côté qui paie et le côté qui touche se rapprochent, faut-il ajouter des personnes ou augmenter ce qu'une personne produit ? La différence technique entre les deux taux est renvoyée à la fin, et des termes comme numérateur, dénominateur ou effet taux d'emploi ont été remplacés par des personnes. Le maillon manquant a été ajouté : si la production augmente mais que sa part ne revient pas aux salaires et au financement des pensions, les chiffres ne s'améliorent pas. Les faits et les sources ont été ajoutés, non retirés. Une section sur la perception du système par les jeunes a été supprimée, trop éloignée du centre.
  • → version 3 — Texte réécrit dans un français plus simple, titre compris (auparavant « Je croyais que c'était une épargne »). Les versions précédentes suivaient de trop près la forme de l'original coréen : phrases courtes et hachées, tournures qui ne passent pas en français. Les faits, les sources, la prémisse et l'ordre du texte sont inchangés.

Sources

Lire dans une autre langue

Comment ce texte a été fait

Le choix du sujet, la prémisse et le jugement sont le fait d'une personne ; la collecte des sources et la rédaction, d'une IA. Ce n'est pas une traduction. Chaque version linguistique est écrite séparément à partir du même document source.