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Nous n'argumentons pas. Nous réagençons.

Pas licenciés, simplement pas embauchés

Et si le remplacement se voyait d'abord au recul des embauches, plutôt qu'aux licenciements ? Or la protection est surtout pensée pour celles et ceux qui ont déjà travaillé.

5 septembre 2026 version 2

Prémisse

Supposons que le remplacement ne se fasse pas en poussant les gens vers la sortie, mais en ne les laissant pas entrer.

C’est une hypothèse, pas une conclusion. Mais elle n’est pas inventée : elle correspond à ce qui a été mesuré jusqu’ici.

Un an

Depuis le 1er mars 2026, en Belgique, les allocations d’insertion sont limitées à un an maximum.

Ces allocations sont destinées aux personnes qui arrivent sur le marché du travail sans passé professionnel. La même réforme ramène le chômage complet à 24 mois maximum : un socle de 12 mois, auquel s’ajoutent jusqu’à 12 mois selon le passé professionnel. Quant à celles et ceux qui démissionnent, le nouveau « droit au rebond » leur ouvre des allocations une fois dans la carrière, pendant six mois, à condition d’avoir travaillé 3 120 jours, soit une dizaine d’années.

Les trois règles vont dans le même sens : plus on a travaillé longtemps, plus on est protégé.

Ce n’est pas un défaut de conception. Lier les droits aux cotisations, c’est le principe même de l’assurance sociale : on puise dans ce qu’on a versé, et cette règle a ses raisons.

Ce texte s’intéresse à autre chose : à ce qui se passe quand les difficultés commencent avant même qu’on ait pu cotiser.

Ce que montrent les données de paie

Les données de paie du plus grand prestataire américain du secteur, de novembre 2022 à juin 2026, contiennent un résultat qu’il faut citer avec la réserve que les auteurs y attachent eux-mêmes.

Les auteurs l’écrivent clairement : ils ne constatent pas de destruction d’emplois généralisée, à l’échelle de l’économie, liée à l’IA.

Mais un groupe se détache dans les mêmes données. Chez les 22-25 ans, dans les métiers les plus exposés à l’IA, l’emploi est inférieur d’environ 19 % à ce qu’il serait s’il avait évolué comme celui des jeunes du même âge dans des métiers peu exposés. En juillet 2025, l’écart était de 15 %. Chez les travailleurs expérimentés, on n’observe pas d’écart comparable.

C’est la forme de cet ajustement qui intéresse ce texte. Dans ces données, il passe par moins d’embauches plutôt que par plus de départs, et il se voit dans le nombre d’emplois plutôt que dans le salaire de base.

Celles et ceux qui avaient déjà un emploi ont été moins touchés. Celles et ceux qui cherchaient à entrer y sont moins souvent parvenus.

Les auteurs fixent eux-mêmes les limites de leur résultat, et on ne peut pas citer le chiffre sans elles : il s’agit de tendances descriptives, pas d’estimations causales ; l’analyse ne permet pas d’établir quelle part de l’écart est due à l’IA générative plutôt qu’à d’autres facteurs ; et les écarts se réduisent quand on tient compte du niveau d’études.

Autrement dit, les difficultés se présentent avant l’entrée dans l’emploi, alors que la protection se calcule après.

L’échelon qui absorbait les chocs est aujourd’hui le plus exposé

Chaque fois qu’une machine reprend une tâche, on entend le même argument rassurant : du travail a déjà été déplacé par le passé, et autre chose est venu le remplacer.

Cet argument s’appuie sur des données. Une étude qui a suivi les intitulés de métiers aux États-Unis de 1940 à 2018 montre que la majorité des emplois actuels relèvent de spécialités apparues après 1940.

Pour ce relevé, la réponse est donc oui : du travail nouveau apparaît bien.

Mais la même étude montre aussi où il est apparu, et que cet endroit a changé.

PériodeOù le travail nouveau s’est créé
1940–1980Production et emplois de bureau à salaire intermédiaire
Depuis 1980Professions qualifiées bien rémunérées et, dans une moindre mesure, services peu rémunérés

Les auteurs ajoutent un second résultat. Les innovations qui complètent un métier en font monter la demande ; celles qui l’automatisent la font baisser. Et cet effet de l’automatisation, qui fait baisser la demande, s’est accentué au cours des dernières décennies.

Ce relevé s’arrête en 2018. Il montre que, dans le passé des États-Unis, du travail nouveau a suivi le déplacement. Il ne montre pas qu’il suivra cette fois au même rythme ni à la même échelle.

L’Organisation internationale du travail (OIT) et l’institut national de recherche polonais ont construit un indice qui mesure l’exposition de chaque métier à l’IA générative. Un quart des emplois dans le monde relèvent de métiers exposés à un degré ou à un autre. La proportion atteint 34 % dans les pays à revenu élevé, contre 11 % dans les pays à faible revenu.

Les plus exposés sont les emplois de bureau. Dans les pays à revenu élevé, le niveau d’exposition le plus élevé concerne 9,6 % de l’emploi féminin, contre 3,5 % de l’emploi masculin.

Dans le même document, l’OIT pose elle-même deux limites. Ces chiffres traduisent une exposition potentielle, et non des pertes d’emplois avérées. Et l’IA générative est plus susceptible de transformer les emplois que de les supprimer.

Ce texte s’en tient là. Un quart des emplois exposés, ce n’est pas un quart des emplois appelés à disparaître.

Mais si l’on met les deux études côte à côte, le même échelon apparaît deux fois. Entre 1940 et 1980, c’est dans les emplois de bureau que se créait le travail nouveau. Après 1980, cette création s’est déplacée ailleurs. Et ce sont eux, aujourd’hui, les plus exposés.

Autrement dit, l’échelon qui absorbait les travailleurs déplacés a cessé de créer du travail nouveau après 1980, et c’est aujourd’hui le plus exposé.

L’argument rassurant — il y a eu du travail nouveau, il y en aura encore — ne tient que si l’on regarde où ce travail apparaît. Réponse des mesures : aux deux extrémités. Pas au milieu.

Alors, garantir un minimum ?

C’est souvent à ce moment qu’arrive une réponse : les machines vont produire davantage, garantissons donc un revenu minimum avec ce qu’elles rapportent.

Pour en juger, il faut d’abord vérifier que ces gains existent.

En 2025, 20,0 % des entreprises de l’Union européenne comptant au moins dix salariés utilisaient des technologies d’IA, contre 13,5 % un an plus tôt. La proportion atteint 55,0 % dans les grandes entreprises, 30,4 % dans les moyennes et 17 % dans les petites. Les écarts entre pays sont importants : 42,0 % au Danemark, 37,8 % en Finlande, 35,0 % en Suède, contre 5,2 % en Roumanie et 8,4 % en Pologne.

On sait aussi à quoi elles s’en servent : analyse de textes écrits, 11,8 % ; production d’images, de vidéos ou de sons, 9,5 % ; production de textes ou de paroles, 8,8 %.

Les entreprises s’y sont-elles mises ? Clairement, oui : 6,5 points de plus en un an, et plus de la moitié des grandes entreprises.

Mais les chiffres de la productivité n’ont pas suivi.

Dans l’Union, la productivité horaire du travail a progressé de 0,2 % en 2024 et de 1,4 % en 2025.

Et avant ? Eurostat le dit sans détour : la croissance moyenne de la productivité du travail a ralenti entre 2008 et 2019, et ce ralentissement s’est poursuivi entre 2019 et 2025. Des trois périodes étudiées, la plus dynamique reste 1999-2008.

Les deux constats vont ensemble. Les entreprises adoptent l’IA rapidement, et la productivité globale n’en porte pas encore la trace.

Ce texte n’affirme donc ni que l’IA a fait progresser la productivité, ni qu’elle en est incapable. On peut seulement dire ceci : l’idée d’une abondance déjà là, dont il ne resterait plus qu’à discuter le partage, ne se lit pas encore dans les statistiques. Cela ne veut pas dire qu’elle n’y apparaîtra pas : ce n’est pas une prévision, c’est un constat sur ce qui a été mesuré.

La part du travail, elle, a déjà reculé

Si l’abondance n’apparaît pas encore dans les statistiques, faut-il en conclure qu’il n’y a rien à partager ? Non.

Selon l’OIT, la part des revenus du travail dans le revenu mondial a reculé de 0,6 point de pourcentage entre 2019 et 2022, et stagne depuis. Si elle était restée à son niveau de 2004, les travailleurs auraient touché 2 400 milliards de dollars de plus pour la seule année 2024. Près de 40 % de ce recul s’est produit entre 2020 et 2022.

L’OIT écrit aussi que les progrès technologiques, y compris l’automatisation, ont joué un rôle dans cette tendance, et que les travailleurs ne reçoivent pas une part équitable des gains qui en résultent.

Le tableau est donc le suivant. Nous ne sommes pas dans un monde où la productivité aurait bondi et où il resterait à se partager le surplus. Nous sommes dans un monde où la productivité a peu progressé et où la part du travail a déjà reculé. Ce sont deux problèmes différents, qui n’appellent pas le même remède.

Nous n’avons pas pu mesurer si ces gains sont allés aux clients, sous forme de prix plus bas, ou aux actionnaires, sous forme de dividendes et de rachats d’actions.

Soumis au vote, et mis à l’essai

Le débat n’est pas resté théorique.

Le 5 juin 2016, la Suisse a soumis au vote une initiative populaire pour un revenu de base inconditionnel. Le texte demandait que chacun puisse mener une existence digne et participer à la vie publique indépendamment de l’exercice d’une activité lucrative. Le Conseil fédéral et le Parlement avaient recommandé de la rejeter : par 157 voix contre 19 au Conseil national, et par 40 contre 1 au Conseil des États.

Le 16 février 2017, le Parlement européen a adopté une résolution sur les règles de droit civil en robotique, par 396 voix contre 123 et 85 abstentions. Le texte constate que la robotique peut créer, déplacer et détruire des emplois, et demande à la Commission de suivre cette évolution. Il ne contient ni taxe sur les robots ni revenu de base. Aucun mécanisme de financement n’y est inscrit.

La Finlande a versé à 2 000 chômeurs 560 euros par mois, non imposables, en 2017 et 2018, qu’ils cherchent un emploi ou non. Le nombre de jours travaillés a augmenté de six, et ils étaient plus satisfaits de leur vie. Le ministère ajoute lui-même une réserve : comme un modèle d’activation a été introduit début 2018, on ne peut pas isoler les effets de la deuxième année.

Aux États-Unis, environ 1 000 personnes ont reçu 1 000 dollars par mois pendant trois ans, tandis qu’un groupe témoin de 2 000 personnes recevait 50 dollars. Leur taux d’activité a baissé de 4,2 points de pourcentage ; elles ont travaillé une à deux heures de moins par semaine ; et leur revenu individuel, hors versements, a baissé d’environ 1 900 dollars par an. La qualité de leurs emplois ne s’est pas améliorée, alors qu’elle a été mesurée en détail, et c’est le temps libre qui a le plus augmenté dans leur emploi du temps. Leur bien-être ressenti s’est amélioré la première année, puis est redescendu au niveau du groupe témoin. Les auteurs concluent à un effet modéré sur l’offre de travail, qui ne semble pas compensé par d’autres activités productives.

Ce texte ne tranche pas pour ou contre le revenu de base sur la foi de deux expériences. Deux ne suffisent pas.

Dans une enquête, c’est le montage qui était visé

Quand on invoque l’avis des chercheurs sur un revenu minimum garanti, il faut y regarder de plus près.

En 2016, on a interrogé 46 grands économistes américains sur un montage précis : 13 000 dollars par an à chaque citoyen de plus de 21 ans, financés par la suppression de l’ensemble des transferts existants — sécurité sociale, Medicare, Medicaid, aides au logement, aides sociales aux ménages, subventions agricoles et aux entreprises.

RéponseNombre
Tout à fait d’accord0
D’accord1
Incertain6
Pas d’accord26
Pas du tout d’accord7
Sans opinion6

Les raisons avancées montrent ce qui était rejeté. L’une d’elles se résume ainsi : il faut un filet social plus efficace et plus généreux, mais le revenu de base universel coûte cher et n’est pas assez généreux.

Ce qui a suscité l’objection, ce n’était donc pas l’idée d’un minimum garanti, mais la suppression des dispositifs existants au profit d’un versement unique.

Une enquête ne parle pas au nom de toute une discipline. Il s’agissait de 46 économistes américains, interrogés en 2016 sur un montage précis. On peut seulement en tirer ceci : dans cette enquête, l’objection portait sur le montage et le financement plutôt que sur l’objectif.

Reste le prix

La possibilité de refuser ne dépend pas de ce que le droit permet, mais de ce que cela coûte.

En Belgique, qui choisit de démissionner n’a droit qu’à une allocation qu’on ne peut demander qu’une fois dans sa vie, pendant six mois, et seulement avec une dizaine d’années de travail derrière soi. La demande doit parvenir au bureau dans les 30 jours qui suivent le lendemain de la notification, et une fois introduite, elle ne peut plus être retirée.

Ce prix dépend donc de ce qu’on a déjà derrière soi.

Or les difficultés commencent avant même qu’on ait mis le pied à l’étrier.

Position de l’auteur

Je suis moi-même du côté de la sortie, et ce texte parle de celles et ceux qui cherchent à entrer. Ce ne sont pas les mêmes positions : mon cas personnel n’y figure donc pas.

Ce que je peux écrire, c’est la structure. Dans le texte précédent, je demandais si la personne évaluée a accès aux raisons de son évaluation. Celui-ci s’intéresse à l’étape d’avant : que reste-t-il quand on n’arrive même pas jusqu’à l’évaluation ?

Il n’y a pas de conseil ici. Les mesures s’arrêtent là.

Ce qui a été corrigé en cours d’enquête

Deux choses.

L’outil choisi au départ ne convenait pas à la question. J’ai mesuré le soutien au revenu de base par un sondage d’opinion, alors que la question était de savoir si celles et ceux qui réfléchissent à l’avenir du travail le proposent comme remède. Un sondage mesure ce que les gens souhaitent, pas ce qu’il faudrait garantir.

Des résumés divisaient par deux les chiffres d’un article. Plusieurs comptes rendus présentent l’expérience américaine comme une baisse de 2 points de pourcentage de la participation et de 1,3 heure de travail par semaine. L’article, lui, indique 4,2 points et une à deux heures. La même chose s’était produite dans le texte précédent. Que des sources qui se recopient disent la même chose ne prouve rien de plus.

Ce que ce texte a établi

  • En 2025, 20,0 % des entreprises de l’Union comptant au moins dix salariés utilisaient l’IA, contre 13,5 % un an plus tôt
  • Dans l’Union, la croissance de la productivité du travail a ralenti entre 2008 et 2019, et ce ralentissement s’est poursuivi entre 2019 et 2025
  • Aucune destruction d’emplois généralisée n’a été observée ; chez les 22-25 ans des métiers très exposés, l’emploi est inférieur d’environ 19 % à celui des jeunes du même âge, et l’ajustement passe par une baisse des embauches
  • Un quart des emplois dans le monde sont exposés à l’IA générative, les emplois de bureau en tête, et l’OIT le présente comme une exposition, non comme une perte
  • La majorité des emplois actuels relèvent de spécialités apparues après 1940 ; depuis 1980, le travail nouveau se crée aux deux extrémités : professions qualifiées bien rémunérées et services peu rémunérés
  • En Belgique, le chômage complet dure au plus 24 mois et les allocations d’insertion au plus un an ; l’allocation après démission n’est ouverte qu’une fois dans la carrière, pour six mois, et exige une dizaine d’années de travail
  • Sur 46 économistes, 33 ont rejeté un montage précis qui remplaçait l’ensemble des transferts existants

Ce qui n’a pas pu être vérifié, et qui a été écarté

  • Les chiffres de la modélisation, par l’OCDE, d’un revenu de base à budget constant. Son site a bloqué l’accès et nous ne l’avons pas contourné. Nous n’avons pas utilisé à la place les chiffres qui circulent
  • Les pourcentages définitifs de oui et de non à la votation suisse. La page officielle renvoie ailleurs pour le résultat ; seuls les votes parlementaires sont donc utilisés
  • Ce que sont devenues, en commission du Parlement européen, les dispositions sur la taxe robot et le revenu de base. Ce qui est établi, c’est qu’elles ne figurent pas dans le texte adopté

Ce que ce texte n’affirme pas

  • Que l’IA a causé la baisse de l’emploi des jeunes. Les auteurs précisent qu’il ne s’agit pas d’estimations causales, et que les écarts se réduisent quand on tient compte du niveau d’études
  • Que les entreprises cherchent à embaucher moins
  • Que le revenu de base a échoué, ou qu’il fonctionne
  • Qu’il existe une conduite à tenir qui mette à l’abri

Pas encore vérifié

Ce texte n'est pas marqué comme vérifié tant que les points ci-dessous ne sont pas confirmés.

  • Où sont allés les gains de l'adoption de l'IA. Nous n'avons pas pu mesurer s'ils ont profité aux clients, sous forme de prix plus bas, ou aux actionnaires, sous forme de dividendes et de rachats d'actions. Ce qui est établi, c'est que la part du travail a reculé.
  • Si les personnes qui perdent leur emploi, ou n'en trouvent pas, se tournent vers les réseaux sociaux et les plateformes de contenu, et si elles en tirent un revenu. Nous n'avons pas examiné cette question.

Corrections

  • → version 2 — Texte réécrit dans un français plus simple, titre compris (auparavant « Non pas ceux qui sont sortis, mais ceux qui ne sont pas entrés »). La version précédente suivait de trop près la forme de l'original coréen : phrases courtes et hachées, tournures qui ne passent pas en français. Les faits, les sources et les étapes du raisonnement sont inchangés, à une exception près : la phrase sur la destination des gains mentionne désormais, comme la version anglaise, les clients (prix plus bas) et les actionnaires (dividendes et rachats d'actions) ; les rachats d'actions en étaient absents.

Sources

Lire dans une autre langue

Comment ce texte a été fait

Le choix du sujet, la prémisse et le jugement sont le fait d'une personne ; la collecte des sources et la rédaction, d'une IA. Ce n'est pas une traduction. Chaque version linguistique est écrite séparément à partir du même document source.