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Nous n'argumentons pas. Nous réagençons.

Quand une entreprise trace la frontière

En Ukraine, les terminaux Starlink inscrits sur une liste officielle ont continué de fonctionner, les autres ont été coupés. La liste vient de l'État, la coupure de l'entreprise. Mais aucun des deux documents officiels ne dit qui décide, en dernier ressort, qui y a droit.

9 septembre 2026 version 2

Prémisse

Supposons que ce à quoi l’on peut se connecter, et ce que l’on peut faire grâce à cette connexion, soit décidé par une frontière tracée par une entreprise plutôt que par un État.

C’est une hypothèse à examiner, pas une conclusion.

L’Europe attend 2029

L’Europe se sait dépendante, et elle a déjà réagi.

En 2025, à la faveur d’une augmentation de capital de 1,35 milliard d’euros, l’État français a pris 29,99 % d’Eutelsat, devenant son principal actionnaire. Le 7 août 2026, l’Union européenne a signé l’accord de mise en œuvre d’IRIS² : 348 satellites, plus 66 destinés à la défense, à la sécurité et aux services d’urgence.

Les lancements doivent commencer en 2029, et c’est déjà un calendrier avancé.

L’Europe a décidé de tracer elle-même la frontière. Elle ne pourra le faire que dans trois ans.

D’ici là, la frontière se trace ailleurs. Février 2026 a montré où.

La liste blanche

En Ukraine, les terminaux Starlink qui ne figuraient pas sur une liste ont cessé de fonctionner. Le ministre ukrainien de la Défense l’a résumé ainsi :

Les terminaux Starlink inscrits sur la liste blanche fonctionnent. Ceux des russes sont déjà bloqués.

La frontière passait terminal par terminal. Peu importait où se trouvait l’appareil : ce qui comptait, c’était de figurer ou non sur la liste.

Du côté de l’État, une procédure

La liste blanche a été instaurée par une décision du Cabinet des ministres. La façon de s’y inscrire dépend de qui l’on est.

QuiOù s’inscrire
CivilsCentres de services administratifs. Gratuit
EntreprisesLe portail public Diia
MilitairesUn canal sécurisé dédié via DELTA. Pas besoin d’inscrire le matériel à l’inventaire de l’unité

Les terminaux non enregistrés sont déconnectés. Les listes sont mises à jour une fois par jour.

Des guichets, des circuits distincts selon le statut, la gratuité, un rythme de mise à jour affiché : on reconnaît là le fonctionnement ordinaire d’une administration.

Du côté de l’entreprise, une seule phrase

Voici, traduite de l’anglais, la déclaration de SpaceX :

Si SpaceX a connaissance qu’un terminal Starlink est utilisé par une partie sanctionnée ou non autorisée, nous enquêtons sur cette allégation et prenons des mesures pour désactiver le terminal si elle est confirmée.

Autrement dit : être informé, vérifier, couper si c’est confirmé.

La phrase ne dit rien d’un recours possible, d’un critère publié ni d’un délai de décision. Ce n’est pas un reproche. C’est un déséquilibre que l’on constate : côté État, des guichets, un portail, la gratuité et un rythme de mise à jour sont écrits noir sur blanc ; côté entreprise, il y a une phrase.

Qui décide ? Aucun des deux documents ne le dit

L’annonce du ministère ukrainien de la Défense sur la liste blanche ne mentionne pas SpaceX et ne dit pas qui a procédé au blocage. Une autre annonce précise que la mesure est mise en œuvre en coopération avec SpaceX, sans en dire davantage.

La déclaration de SpaceX, de son côté, ne dit pas qui décide qu’une partie est sanctionnée ou non autorisée.

La frontière a bien été tracée. Mais qui a le dernier mot sur son tracé, aucun des deux textes ne le dit.

Qu’un document se taise ne prouve pas que ce décideur n’existe pas. Ce que l’on peut établir est plus modeste, et vérifiable : aucun des deux textes officiels ne le nomme. Il suffit de les lire pour le constater.

Sept mois plus tard, un refus d’ouvrir

Le 22 août 2026, le président Zelensky a fait état devant la presse d’une autre décision.

L’Ukraine souhaitait utiliser Starlink au-dessus du territoire russe, où les terminaux Starlink ne fonctionnent pas. Pour mener des opérations à longue portée, il aurait fallu que cette règle change.

Selon Zelensky, la réponse a été :

Cela constitue une escalade.

Ces mots nous parviennent par Zelensky. Nous n’avons pas pu obtenir de déclaration de Musk lui-même.

En sept mois, la même entreprise a donc déplacé la frontière à deux reprises : une fois en coupant le service, une fois en refusant de l’ouvrir.

Quatre jours plus tard, une médaille

Le 26 août 2026, l’Ukraine a décerné à Musk l’Ordre de la Liberté. Le décret présidentiel invoque la protection de la vie et de la liberté humaines, ainsi que le renforcement des liens entre les peuples ukrainien et américain.

Je ne relie pas ici les deux événements. Rien ne permet de dire que la médaille découle du refus. Sans prêter d’intention à quiconque, on peut seulement noter l’ordre des faits : le refus d’abord, la médaille ensuite.

La contribution de Starlink, elle, est établie. Depuis l’invasion, le réseau a servi à maintenir les communications de l’Ukraine et à relier hommes et matériels sur le terrain. Avec cette médaille, un État a inscrit cette contribution dans ses registres officiels.

Mais ces quatre jours ont aussi laissé une autre trace.

Un chef d’État n’a pas pu l’ordonner non plus

Dans les mêmes déclarations, Zelensky a évoqué un échange avec le président Trump. Selon lui, Trump lui a dit :

Musk a refusé à l’Ukraine l’usage de Starlink sur le territoire de la Russie, donc vous m’avez en quelque sorte trompé.

Ces mots aussi nous parviennent par Zelensky, par le même canal que les précédents.

Un pays a demandé l’aide du président d’un autre pays, et celui-ci n’a pas pu, lui non plus, infléchir la décision de l’entreprise. L’affaire s’est terminée en différend entre deux chefs d’État.

Ce à quoi l’on peut se connecter décide de ce que l’on peut faire

Ne voir en Starlink qu’un service internet, c’est n’en voir qu’une partie.

Des positions et des images passent par le réseau, un logiciel les analyse, et le résultat repart par le même réseau vers des hommes et du matériel. Ce à quoi l’on peut se connecter fixe les limites de ce que l’on peut faire.

C’est précisément ce que touchait le refus d’août. La question n’était pas d’accorder un accès, mais de savoir jusqu’où les opérations pourraient porter.

Une précaution s’impose. Qu’un réseau transporte des données est une chose ; qu’un opérateur se serve de leur contenu à des fins d’entraînement en est une autre. Affirmer la seconde exigerait d’autres preuves, et ce texte n’en a pas.

Un opérateur, plusieurs États

Qu’une entreprise assure une part de ce que fait un État n’en fait pas un État.

Un État a l’obligation d’expliquer ses décisions et d’en répondre, par les élections, le parlement, les tribunaux et la procédure administrative. Une entreprise peut autoriser une connexion, suspendre un service et fixer ses conditions d’utilisation sans avoir à répondre aux citoyens de la même manière.

Le service s’étend sur plusieurs pays à la fois. La décision peut se prendre au sein d’une entreprise. Les conséquences retombent sur différents États et sur leurs citoyens, et le droit comme les procédures pour en demander compte changent à chaque frontière.

La capacité est concentrée, la responsabilité dispersée.

Alors, où est ma frontière ?

Une liste de terminaux en temps de guerre, c’est un cas extrême. Mais le mécanisme nous est familier.

Chacun de nous a la nationalité d’un État et utilise, en même temps, des plateformes. Les règles d’ouverture et de fermeture des comptes, les régions où un service fonctionne, les conditions d’utilisation : cela aussi détermine ce que l’on peut réellement faire. Inscrit, cela fonctionne ; sinon, c’est coupé. Reste à savoir qui tient la liste.

Dans un texte précédent, j’ai parlé des portefeuilles d’identité numérique comme d’une frontière que l’on porte sur soi. Ce texte s’intéresse à l’étape suivante : la frontière ne se contente plus de suivre la personne, elle devient quelque chose qu’une entreprise peut allumer et éteindre.

J’ai la nationalité d’un État. Mais pouvoir me connecter, calculer et agir, c’est peut-être une entreprise qui en décide.

Alors, où est ma frontière ?

Ce texte laisse la question ouverte.

Ce que ce texte a établi

  • En février 2026, une liste blanche est entrée en vigueur et les terminaux Starlink non enregistrés ont été bloqués en Ukraine
  • Elle a été instaurée par une décision du Cabinet des ministres. Les civils s’inscrivent gratuitement dans les centres de services administratifs, les entreprises via Diia, les militaires par un canal DELTA dédié. Les listes sont mises à jour une fois par jour
  • SpaceX a déclaré que, lorsqu’elle apprend un usage non autorisé, elle enquête et désactive le terminal si l’usage est confirmé
  • L’annonce du ministère de la Défense sur la liste blanche ne mentionne pas SpaceX, et aucun des deux documents officiels n’indique qui décide en dernier ressort du droit d’accès
  • Starlink ne fonctionne pas au-dessus du territoire russe, et le 22 août 2026 Zelensky a rapporté le refus de Musk
  • Le 26 août 2026, l’Ordre de la Liberté a été décerné à Musk par décret présidentiel
  • L’État français détient 29,99 % d’Eutelsat et en est le principal actionnaire. L’accord de mise en œuvre d’IRIS² a été signé le 7 août 2026, pour des lancements à partir de 2029

Ce que nous n’avons pas pu vérifier, et que nous avons écarté

  • Le numéro et la date exacte de la décision qui a instauré la liste blanche. Deux sources divergent, et nous n’avons pas pu les confronter à un texte officiel
  • Musk s’est exprimé directement sur la demande de 2023 concernant Sébastopol, mais c’était un autre moment et une autre demande : ces propos ne sont pas présentés comme sa position d’août 2026
  • Dans quelle mesure le gouvernement des États-Unis pourrait diriger cette entreprise par le contrôle des exportations ou par ses contrats

Ce que ce texte n’affirme pas

  • Que la médaille a été décernée en raison du refus
  • Quoi que ce soit sur les intentions de Musk ou de l’un des deux présidents
  • Que ce que transporte Starlink sert à de l’entraînement
  • Que les entreprises remplacent les États

Pas encore vérifié

Ce texte n'est pas marqué comme vérifié tant que les points ci-dessous ne sont pas confirmés.

  • Ce que Musk a dit lui-même en août 2026. La phrase sur l'escalade comme les propos attribués à Trump nous sont parvenus par Zelensky ; nous n'avons pas obtenu de déclaration directe.
  • Si un civil écarté de la liste blanche dispose d'une voie de recours. Nous n'avons pas examiné cette question.

Corrections

  • → version 2 — Texte réécrit dans un français plus simple, titre compris (auparavant « Des frontières opérées par une entreprise »). La version précédente suivait de trop près la forme de l'original coréen : phrases courtes et hachées, tournures qui ne passent pas en français. Les faits, les sources et les étapes du raisonnement sont inchangés.

Sources

Lire dans une autre langue

Comment ce texte a été fait

Le choix du sujet, la prémisse et le jugement sont le fait d'une personne ; la collecte des sources et la rédaction, d'une IA. Ce n'est pas une traduction. Chaque version linguistique est écrite séparément à partir du même document source.